dimanche 12 février 2017

Exposition de Nathalie Hannecart - La Maison d'Astérion



 

Dans ce travail, ou dans le ventre d’un labyrinthe photographique, j’explore de manière très frontale les murs de Salamanque, Ouro Preto, Valparaíso, Londres, Lisbonne, Paris, Berlin, Cracovie, Wroclaw, Prague, Doel, Namur… Ces images de pans de murs sont issues de déambulations dans les rues dérobées de villes, dédales saturés de présence et d’absence.
Les petits objets photographiques installés sur le papier comme autant de fausses gravures, de fragments déchiquetés, d’estampes d’émulsion photosensible, évoquent des cartes imaginaires de milieux urbains. Ils dressent de petits répertoires infidèles des quartiers, qui témoignent d’un monde en constant effacement et renouvellement. La question posée est celle de l’étrangeté ordinaire des choses du réel. Mais la proposition est aussi d’élaborer, à partir des images, sans mots, des fables improbables, de petites fictions visuelles, pour tenter de meubler d’autres pièces de la mémoire.
Graphes, interstices, effacement, fragments… Voici un petit butin de maraudeur, qui chemin faisant, emporte dans sa besace les reliefs des strates déposées. Ces traces sont inscriptions et miroirs d’une urbanité poétique et violente, qui à la fois alimente et ronge.
La photographie apparaît, dans ce parcours urbain, en tant que souvenir « palimpseste », souvenir « intertexte », car tout entremêlé des empreintes des autres et du temps.
Elle traite aussi d’une errance en quête de soi et de l’autre. La ville, en tant que labyrinthe, propose un jeu infini, celui de se perdre encore et encore, de passer 14 fois par le même endroit, d’y repasser encore. De mur en mur, on évolue dans un temps circulaire, les portes ne sont que leurres, elles ouvrent sur d’autres murs. Quel sens donner à des murs qui promettent une sortie en trompe l’œil ?
Solitude, répétition… De quelles questions se nourrit l’habitant du labyrinthe, Astérion, le Minotaure ? A quelles occupations vaque-t-il quand il n’est pas confronté aux hommes ? Quels sont ses jeux ? Quels sont ses rêves, ses désirs, ses angoisses ? Mur après mur, trouve-t-il sa paix ? Que signifie le monde en dehors des murs ?
Le Minotaure peut-il se défendre d’être prisonnier de son espace ? 
Un mur ressemble-t-il à un autre mur ? Passer 14 fois par le même endroit mène-t-il à se retrouver ou à se perdre ? Trouve-t-on au bout d’un temps le lien entre une pièce et une autre pièce, un passage et un autre passage ?
Suivre minutieusement les traces sur les murs permet-il de résister à la nausée, d’oublier l’infinité des galeries et des couloirs, de s’extraire de la circularité ? Est-ce aller à la rencontre de l’autre, de celui qui a laissé la trace ? Ou est-ce prendre acte de son absence ? Cela signifie-t-il s’enfoncer plus encore dans les entrailles du labyrinthe, pour que la perte soit sûre, rémédiable?  
Ce labyrinthe est refuge, espace à découvrir, monde intérieur, mais condamne aussi à l’errance à la recherche de soi.


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